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Islam


Paul Marty
L'Islam en Guinée : Fouta-Djallon

Editions Ernest Leroux. Paris. 1921. 588 pages


Chapitre IV
Les Tidiania Toucouleurs de Dinguiraye

Il est impossible d'aborder l'étude de l'Islam foula, proprement tidiani, sans la faire précéder de celle du Tidianisme toucouleur de Dinguiraye dont il dérive en droite ligne.

I — Al-Hadj Omar et sa famille à Dinguiraye

On connaît par différents auteurs et notamment par Faidherbe, Mage et M. A. Le Chatelier, l'installation d'Al-Hadj Omar à son retour de la Mecque dans le Dinguiraye désert, entre les territoires de Tamba (Dabadou) au nord de Wontofa (Satadougou) et de le Oulada (Kouroussa) à l'est; et de Toumaneya, au sud, qui constituaient les états fétichistes du Diallonké Guimba Sakho.
Il construisit son tata et s'implanta solidement dans le pays (1845-1850) tant par la religion que par les armes et la politique. C'est d'ailleurs, d'après la tradition rapportée par M. Delafosse, la conversion d'un des envoyés de Guimba, Diéli Moussa, suivie du refus d'Al-Hadj Omar de rendre à son maître païen ce néo-musulman qui s'attachait à sa fortune, qui détermina la rupture des bonnes relations entre le souverain de Tamba et son vassal toucouleur et entraîna la chute de Guimba. Les Diallonké, commandés d'abord par Guimba, puis par son fils Tamba Bakari, furent exterminés, chassés ou soumis. Entre-temps, Al-Hadj Omar attirait à lui les Foula, et étendant peu à peu le champ de ses opérations, entamait cette magnifique épopée toucouleure, qui est la plus grande geste de l'Afrique noire au dix-neuvième siècle. Il fit à plusieurs reprises des séjours dans le Fouta-Diallon. Il était déjà venu dans le Labé entre 1820 et 1825 et s'y était acquis à Satina, comme Karamoko, une certaine popularité. Il sillonna le Fouta à son retour du pèlerinage, accueilli tantôt avec faveur, tantôt froidement par les almamys, plus ou moins jaloux, mais demeurant toujours l'objet de la vénération de la foule.

Genealogie de Al-Hadj Umar Tall
Généalogie de Al-Hadj Omar Tall

On montre encore dans le Kolen et le Koïn plusieurs vieillards qui, nés lors de son passage, portent le nom d'Oumarou en son honneur. il fit un séjour de plusieurs mois à Timbo, vers 1850, donnant des conférences littéraires et religieuses qui eurent le plus grand succès auprès des Karamoko Foula. La légende prétend même que c'est en partie sur ses conseils que l'institution des deux almamys, régnant deux ans chacun à tour de rôle, fut créée à Timbo. Si la chose est vraie, elle témoigne que ce terrible autoritaire qu'était Al-Hadj Omar savait donner aux gens qu'il voulait affaiblir les conseils les plus perfides.
L'intransigeance religieuse que le marabout affecta au Fouta-Diallon, comme partout d'ailleurs, du moins quand cette attitude était opportune, lui valut un prestige considérable. Il commença, dès lors, à distribuer sans arrêt son wird tidiani, principalement aux petits Karamoko, bas clergé qui fait l'opinion de la foule. Il entreprenait en même temps une campagne de propagande, supérieurement menée, pour détacher les Foula de leurs almamys et en attirer le plus grand nombre possible, personnes et troupeaux, dans son état de Dinguiraye. Il devait atteindre pleinement son but. Les Foula du Koïn et de Timbo lui fournirent de nombreux contingents et le ravitaillèrent sans arrêt, dans sa lutte contre les fétichistes diallonké. Puis beaucoup vinrent chercher de nouveaux pâturages dans le pays. Pendant ce temps, le wird tidiani d'Al-Hadj Omar se répandait dans tout le Fouta Diallon, prenant insensiblement la place de l'antique Qaderisme. Dès 1888, M. A. Le Chatelier signale que « ses doctrines ont presque partout supplanté les traditions des Qadria ».

Sabre d'Al-Hadj Omar Tall
Sabre d'Al-Hadj Omar
Bijoux d'Al-Hadj Omar Tall
Bijoux d'Al-Hadj Omar

Le Fouta-Diallon fut entraîné dès ce temps (1845 à 1855) dans l'orbite omarienne, et le grand conquérant put courir à son destin. Jamais les fidèles, tenants de sa bannière religieuse, frères au surplus par les caractères ethniques et la langue, ne l'abandonnèrent.
Dinguiraye devient dès lors, encore qu'en dehors du Fouta proprement dit, une de ses plus importantes villes religieuses, et tout étudiant foula de cette génération se croit obligé d'y venir suivre quelque cours de droit ou de théologie, ou tout au moins le s'attacher quelque temps un de ces multiples missionnaires toucouleurs, qui, sur l'ordre des almamys de Dinguiraye, parcourent sans cesse le Fouta-Diallon, prêchent à la fois la bonne parole islamique et la meilleure des confréries, à savoir le Tidianisme Omari.

En quittant le Dinguiraye (vers 1863), Al-Hadj Omar en laissa d'abord le commandement à son fidèle serviteur (Diawandho), Ousman Samba.
Celui-ci fut remplacé vers 1861 par l'un des fils d'Al-Hadj Omar, Habibou. En 1868, Habibou révolté contre Ahmadou, chef de la dynastie, marche contre lui à Nioro, mais est vaincu et fait prisonnier. ll meurt quelque temps après dans les fers. Habibou est le père du chef actuel de Dinguiraye. ll a laissé dans le pays la réputation d'un almamy cruel et pillard.

Shayku Ahmadu Tall
Ahmadu Shayku
sultan de Ségou

Saïdou, frère consanguin d'Aguibou, lui succéda en 1868. Il périt en 1875, avec nombre des siens, à Nora (Siguiri), dans une expédition contre les Malinké fétichistes. ll fut juste, doux et fort aimé par ses sujets.
ll fut remplacé, après un court commandement de Mobassirou, par Aguibou, frère germain de Saidou. Aguibou, almamy apprécié de tous, Blancs et Noirs, exerça le pouvoir de 1876 à 1892. C'est sous son règne que le premier officier français, Obersdorf, envoyé par le gouvernement du Soudan, entama les premières relations diplomatiques qui devaient aboutir à la constitution du protectorat français sur le Dinguiraye (mars 1887).
Appelé en 1892 par la confiance du colonel Archinard au commandement du Macina, Aguibou partit pour Bandiagara, laissant le pouvoir à son second fils Alfa Maki. L'aîné, Madani, accompagnait son père à Bandiagara.

Palais de Ahmadu, roi de Segou
Palais de Ahmadu Shayku, à Ségou

Alfa Maki Tall lui succéda; c'était un homme intelligent et dévoué, comprenant bien le français, très actif. Ses qualités de petit-fils d'Al-Hadj Omar, et de détenteur de ses livres, ainsi que des cheveux du Prophète, lui assuraient un prestige considérable. Malheureusement ses intrigues et exactions contraignirent l'autorité française à le suspendre pour trois mois de ses fonctions, en mars 1899, puis à le mettre en état d'arrestation le 2 juin 1899. Il fut déporté à Siguiri, puis à Bamako, et enfin à Bandiagara, où il resta sous la surveillance de son père. ll devait se racheter par la suite et nous rendre, chez les Toucouleurs du Macina d'excellents services. Il est mort en 1915.
A cette date de 1899, la charge d'almamy du Dinguiraye est supprimée; les états de Dinguiraye sont constitués en un cercle, qui entre dans la nouvelle organisation du territoire, est détaché du Soudan, et est incorporé à la Guinée (octobre 1899).
L'administration du nouveau cercle fut désormais assurée directement du chef-lieu du cercle avec le concours de chefs locaux et notamment pour Dinguiraye :

Il fallut revenir à une plus saine conception des choses et restaurer le commandement sur des bases plus rationnelles. L'ancien Etat de Dinguiraye fut partagé en cinq provinces; dans quatre d'entre elles où l'élément toucouleur domine, sinon toujours par le nombre, du moins par l'influence spirituelle et le prestige religieux et scientifique, le commandement fut confié à des Toucouleurs. La cinquième, le Missirah, peuplée surtout de Malinké, reçut un chef de cette race (1911).
L'affiliation tidiania des marabouts de Dinguiraye, et par eux, des Karamoko du Fouta, est des plus simples. Elle dérive du wird qu'Al-Hadj Omar, quittant Dinguiraye, conféra avec pouvoir de transmission à deux de ses talibés: Tafsirou Mamoudou de Dinguiraye, Tafsirou Aliou de Tamba, et que par la suite Ahmadou Chékou, fils et successeur d'Al-Hadj Omar, conféra à son frère Aguibou, qu'il nommait almamy de Dinguiraye. Par eux le wird se répandit dans toute la moyenne Guinée. Le cérémonial usité pour cette initiation consistait en une poignée de main que le maître donnait au disciple, et qui se prolongeait pendant le temps de la lecture des oraisons par le Cheikh et de la récitation du zikr tidiani par le mouride.
De la même source, mais par un autre mode de transfert assez curieux, dérivent un grand nombre d'initiations tidiani du pays. Entre 1888 et 1890, au moment où les luttes entre Samory et Ahmadou Chékou battaient leur plein, le terrible Ouassoulounké coupa pendant plusieurs années les communications entre Dinguiraye et Ségou. Les Toucouleurs de Dinguiraye qui devaient chaque année aller faire le pèlerinage de Ségou, au moment des fêtes de la Tabaski, y communier dans la consommation de la viande du mouton et se faire renouveler le wird — tous moyens religieux pour les maintenir dans l'orbite politique — se trouvèrent privés de ces secours spirituels, et par la plume d'Aguibou demandèrent conseil à Ahmadou Chékou et lui adressèrent leurs excuses. Le Sultan toucouleur de Ségou lui répondit par une lettre restée classique dans les annales du Dinguiraye. Après quelques exhortations bien senties, il conféra officiellement le wird de sa voie à toutes personnes qui entendraient la lecture de la lettre et le renouvelait à ceux qui l'avaient déjà. L'almamy Aguibou fit aussitôt donner lecture de cette lettre à la Grande Mosquée, le vendredi qui en suivit la réception.

Mosquee d'Al-Hadj Omar
Mosquée d'Al-Hadj Omar à Dinguiraye en 1915

Cette lecture se renouvela plusieurs fois de suite et attira bientôt une foule considérable qui, par le fait même, se trouva nantie de l'affiliation à la Voie tidiania.
En dehors de leurs talibés toucouleurs et foula de Dinguiraye, les almamys du lieu n'eurent personnellement que très peu de disciples dans le Fouta. Ils n'aimaient pas abaisser leur prestige à conférer eux-mêmes des initiations à l'extérieur, ou paraître faire de la propagande ; c'est par leurs missionnaires que leur action s'exerçait.
Il n'y a donc à signaler, en dehors de Dinguiraye, que quelques rares personnalités foula, relevant directement de l'almamy Aguibou. La plus importante est Tierno Amadou, Foula timbonké, né vers 1840 à Tangali, habitant Kouratongo, dans le groupement de Kouné, province de Kolle (Diiwal de Koïn); c'est un marabout instruit et estimé dans la région. Il dirige une florissante école coranique.

II — Le cercle de Dinguiraye (1916).

Le cercle de Dinguiraye comprend aujourd'hui 10.000 kilomètres carrés.
Le peuplement est surtout Foula. Il y a pourtant, au moins dans trois provinces (Dinguiraye, Loufa, Tamba) une grande proportion de Toucouleurs appartenant dans l'ordre décroissant aux groupements Guenar, Yirlabhe, Toro. Ils sont moins nombreux dans le Baïlo. La cinquième province, la Missirah, sise à l'extrême-nord du cercle, est peuplée de Malinké et fut commandée par un des leurs, Mori Kaba, qui a été révoqué en 1915.
Le tableau du commandement et de fractionnement de Dinguiraye s'établit ainsi :

Province de Dinguiraye
Amadou Habibou 10.944 habitants
Province de Loufa Cherif Amidou 7.068 habitants
Province de Bailo Tidiani Dia 8.024 habitants
Province de Tamba Alfa Mamadou Thiam 6.273 habitants
Province de Missirah   5.120 habitants
    37.609 habitants

Les villages exclusivement toucouleurs sont:

La province de Dinguiraye, renferme le plus grand nombre de Toucouleurs, groupés surtout autour de la célèbre mosquée d'Al-Hadj Omar. On y trouve aussi quelques petits groupes de Malinké tidiania; mais le fond de la population est constitué par des Foula de toute origine. Le village de Tinkisso renferme un certain nombre de Sarakollé.
Le Loufa est peuplé de Foula et de Toucouleurs. De forts groupements malinké, originaires de Kolen (Timbo) sont venus s'installer dans le Loufa, tout au long du dix-neuvième siècle, fuyant les exactions des almamys et des chefs Foula.
De belles mosquées ont été édifiées dans les centres relativement islamisés de Loufa, Hansanguéré-Diongolbhe, Doubbhel, Kamban-Massi.
Le Baïlo a pris son nom des Foula Bailo ou Foula errants qui tendent à s'établir dans le pays depuis un demi-siècle et qui ont été étudiés plus haut. Il y a en outre un certain nombre de Diakanké, descendants des tenants antérieurs du sol, mais ils tendent à diminuer; quelques groupements bambara, et d'assez fortes colonies malinké, émigrées du Kollen de Timbo.
Le chef-lieu est Niaria Tinkinsan, gros bourg de 2.000 habitants, création du chef de la province, le Toucouleur Tidiani Dia, dit « Ti Dia ».
Outre les deux mosquées voisines de Niaria Tinkissan et de Totiko, on peut signaler celle de Kansato à l'ouest, et celles de Dar es-Salam et de Fogo au sud de la province. Ces villages, ainsi que ceux de Daragbé et de Bissikrima-Koura, sont animés d'une certaine ferveur islamique.
Le Tamba s'est fortement islamisé depuis un demi-siècle. A Tamba, l'ancienne capitale diallonké et fétichiste de Guimbo Sako, et dont on montre aujourd'hui le tata en ruines et la brèche par où passa Al-Hadj Omar, a succédé comme chef-lieu de la province le centre musulman de Balani-Oumaya, peuplé de Foula et de Toucouleurs et qui possède la deuxième mosquée du cercle.
Al-Hadj Omar avait changé le nom de Tamba, en celui de Dabatou (déformation locale de Taïbata, cité mecquoise). Il emprisonnait ceux qui continuaient à employer le mot fétichiste. La prescription ne tint pas et, à l'arrivée des Français, Tamba a prévalu, mais Taïbatou est aussi employé.
On rencontre dans le Tamba des représentants de toutes les races qui peuplent le Dinguiraye: Foula et Toucouleur prédominant, nombreux Malinké, importants groupements Diallonké anciens maîtres du pays, dispersés aujourd'hui le long du Bafing et même un certain nombre de familles ouolof, descendants des premiers compagnons d'Al-Hadj Omar, surtout à Sabéréfaran. Elles ont toutes perdu l'usage de leur parler ouolof, sauf toutefois dans ce dernier village, et se sont toucouleurisées. A signaler enfin le village sarakollé de Narégala, dont les ancêtres étaient des suivants d'Al-Hadj Omar.
Le Missirah, malgré son nom islamique, est peuplé surtout de Diallonké fétichistes et buveurs. Ils y ont conservé divers villages à enceintes fortifiées: Fighia, Kounda-Daouda, Sangaran. Le commandement n'est pas resté dans les mains de la descendance de Guimba Sakho. Il est passé chez Alfa Alouséni, mort en 1912. Aujourd'hui le frère de ce dernier, Hassana Kamara, n'exerce que le commandement du village de Missirah. La plupart des villages n'ont pas de mosquées ou ont simplement de modestes carrés. La seule mosquée notoire est celle de Soboly, village foula.
On rencontre en outre dans le Missirah de forts groupements malinké.
Koya, sur la rive gauche du Bafing, est une misiide de peu d'importance, sise dans des boowe à demi-désertiques. Elle est peuplée en majorité de Foula. Un seul village de Sarakollé: Balla-Sarakollé.
Enfin, c'est dans le Missirah, à la naissance et sur la rive droite de la Kounda que se trouvait la misiide de Bagdadïa. Cette Zaouïa, son chef Fodé Kadialiou, et ses Diakanké sont étudiés plus loin, comme relevant de l'obédience de Cheikh Sidïa Al-Kabir. Bagadadïa (ou Bardadïa), vidée de Diakanké, s'est repeuplée, ces dernières années, par des Foula émigrés de divers points du Fouta Diallon.
Foula et Toucouleurs sont musulmans et très fortement islamisés. Les Malinké le sont moins, je veux dire que leur Islam est imprégné d'une multitude de rites fétichistes et de pratiques coutumières qui les font mépriser de leurs coreligionnaires hal-poularen plus orthodoxes.
Les Foula et les Toucouleurs sont tidiania, relevant de l'obédience d'Al-Hadj Omar. Les Malinké sont qadria, comme d'ailleurs la grande majorité des indigènes de ce peuple dans la Haute-Guinée.
Outre les Diakanké déjà mentionnés, il reste enfin à signaler quelques groupements Sarakollé: Sakoya, Bala-Sarakollé, Morégala, venus jadis, au temps de la souveraineté Diallonké, chercher fortune dans le Dinguiraye et dont le mouvement d'immigration s'est accentué depuis Al-Hadj Omar.
La ville même de Dinguiraye, dans la province du même nom 1, renferme une population très mêlée de Foula, Malinké et Diallonké, avec une prédominance marquée de l'élément toucouleur. Elle passe toujours pour une ville sainte et lettrée, encore que les Karamoko y aient diminué, et que la population scolaire soit loin d'atteindre le chiffre de 400 élèves qu'on y comptait encore au début du siècle
La célèbre mosquée y jouit toujours de son prestige bientôt séculaire. Elle est vénérée dans les deux Fouta et dans la région de Kouroussa-Kanlian. Elle est toujours pour ces peuples hal-poularen et malinké la célèbre mosquée de Sékou Omarou et c'est toujours sous ce nom-là qu'on la désigne.

Racine Tall
Racine Tall, chef
de la garnison d'Al-Hadj
Omar à Koudian

Il y a lieu de signaler à Dinguiraye la présence d'une dizaine de Syriens dont trois ou quatre sont musulmans. Ils n'exercent aucun prosélytisme de prédications ni même d'exemple. Mais tous, catholiques ct musulmans, fils de l'antique Phénicie et commerçants avant tout, vendent des ouvrages arabes à bon marché et de pieuses chromolithographies, et arguent, même quand ils ne le sont pas, de leur qualité de sectateurs du Prophète, pour attirer à eux les chalands locaux.

III — Les personnalités religieuses du Dinguiraye.

Amadou Habibou Tall. — Amadou Habibou, chef de la province et du village de Dinguiraye, est né vers 1868. Son père Habibou était un des fils préférés d'Al-Hadj Omar, qui l'avait nommé son représentant à Dinguiraye. Par sa mère il se rattachait à Mohammed Bello, sultan de Sokoto. Il occupa le poste de Dinguiraye de 1861 à 1868. A cette date, il se révolta contre son frère aîné, Ahmadou Chékou, successeur du grand conquérant, et marcha contre lui à Nioro. Fait prisonnier il devait rester plusieurs années dans les fers et mourir finalement à Ségou.
Son fils, Amadou, était né à Dinguiraye l'année même du départ de son père. Il y fut élevé et y fit ses études sous la surveillance de son oncle Aguibou, puis fut utilisé par Maki Tall, alors chef du pays, comme conseiller et ministre.
Il eut d'ailleurs plusieurs fois des démêlés avec lui, ainsi qu'avec les chefs des autres branches omariennes, tous se jalousant et se disputant l'autorité.
Il fut compromis dans les menées de Maki Tall en 1899 et envoyé en résidence obligatoire à Siguiri. Il y resta jusqu'en 1904. A cette date, il put rentrer à Dinguiraye sur la pétition des notables du cru et s'y tint parfaitement tranquille, cultivateur, notable et marabout.
Lors de la reconstitution du commandement dans le Dinguiraye, on songea à lui, en raison de la grande influence dont, comme petit-fils d'Al-Hadj Omar et fils d'un ancien du pays, il jouit tant sur les Toucouleurs que sur les Foula. Il fut même question de restaurer l'ancien état de Dinguiraye et de lui en confier la souveraineté protégée. Cette erreur ne retint heureusement pas longtemps l'attention. Le Dinguiraye fut partagé en cinq grandes provinces, et Amadou Habibou reçut le commandement de la province proprement dite de Dinguiraye, centre de la région et chef-lieu du nouveau cercle. Il occupe cet emploi depuis le 14 décembre 1919.
Amadou Habibou est aujourd'hui un homme d'une cinquantaine d'années, corpulent et assez apathique. Il est loin d'être un lettré; son instruction islamique est à peu près nulle, sa qualité de descendant du grand marabout lui assure pourtant un grand prestige maraboutique.
Amadou Habibou a plusieurs enfants. L'aîné, Madani, né vers 1905, suit les cours de l'école française de Dinguiraye; les autres sont encore en bas âge. Une de ses filles, Néne Haoussa, est mariée avec l'interprète de Tougué, Saïdou Sô, Toucouleur; une autre, Kadidiatou Koubra, a épousé Karamoko Ann, dioula toucouleur, et petit-fils par sa mère d'Al-Hadj Omar.
Il jouit d'une certaine fortune, malgré les pertes qu'il a subies à la libération des captifs. Il possède de beaux troupeaux de boeufs.

Amadou Tidiani. — Amadou Tidiani est d'origine toucouleure. Il est né vers 1870 à Kouniakari près de Nioro-Sahel où son père Demba, dioula du Boundou, était venu commercer. Lui-même a beaucoup voyagé et de Dinguiraye et de Bissikrima comme centres, rayonne dans toute la Guinée et jusqu'à Dakar, pour vendre des boeufs.
C'est un Karamoko instruit et ouvert qui, à l'occasion, est utilisé comme écrivain d'arabe au bureau du cercle de Dinguiraye.
Il a reçu le wird tidiani d'un Chérif maure du Sahel, installé à Nioro, Chékhou Ould Sidi, qui était lui-même disciple d'Amadou Sékou, fils d'AI-Hadj Omar.

Moktar Tall. — Moktar Tall est un Toucouleur né vers 1860 à Dinguiraye. Il est chef du village de Bissikrima depuis 1914. C'est un bon lettré. Sa famille est originaire d'Aloar, lieu de naissance d'Al-Hadj Omar. Son père, Ousman Tall, en partit vers 1850 pour venir chercher fortune à Dinguiraye auprès de son compatriote qui réussissait si bien. Le frère de Moktar Mostafa Tall, ancien boutiquier, est marié avec une fille d'Amadou Habibou, chef du Dinguiraye. Il sert d'auxiliaire à son frère à Bissikrima.

Chérif Hamidou. — Chérif Hamidou, chef de la province de Loufa, est l'un des personnages maraboutiques les plus en vedette de Dinguiraye. Il est d'origine chérifienne par la branche marocaine.
Son grand-père, Mohammed Lamine, fils de Sidi, était venu de Fez dans le Fouta Toro, à la fin du dix-huitième siècle. Au cours d'un séjour à Matam, il épousa une femme toucouleure. Sur le tard, vers 1830, pris de nostalgie, il repartit pour le Maroc, la laissant enceinte. Il mourut sur le chemin du retour, près d'un puits saharien non déterminé.

Cherif Hamidu
Chérif Hamidou

Son fils posthume, Abdoulaye, naquit vers 1830. Avec l'âge, il se para, comme fils de blanc, du titre de Chérif. Ce fut le Chérif Abdoulaye. Il vécut dans le Toro central, à Tchilogne et à Ley-Bosseya, et mourut à Dounga, en 1911.
Il fut enterré à Céde Abbas, où l'on montre son tombeau. Des nombreux enfants qu'il laissa et qui vivent et prospèrent dans le Bosséa, celui qui nous intéresse, Chérif Hamidou, est né en 1864 à Diollol (Matam). Il a fait de bonnes études auprès des marabouts toucouleurs du Fouta Toro, puis alla les compléter et chercher sa voie à Ségou auprès d'Ahmadou Sékou (1885). Vers 1889, quand les Français entrèrent à Ségou, il prit la fuite, et vint chercher fortune dans le Dinguiraye auprès de l'almamy Aguibou. Il y ouvrit une école et fut bientôt par son savoir, et son entregent un des marabouts officiels de la région. Sous Aguibou déjà, et plus complètement sous Maki Tall, il est un des conseillers de l'almamy, un des ulémas en titre du régime. Maki le chargea même, pendant deux ou trois ans, de commander un groupe de villages, mais ce premier essai d'administration ne réussit pas.
A la déposition de Maki Tall (1899), Chérif Hamidou fut utilisé comme cadi et écrivain d'arabe par l'autorité française. Il occupa cette place pendant douze ans et y rendit par ses connaissances juridiques, par sa souplesse affinée et par son intelligence et son expérience des choses locales, des services distingués.
Lors de la réorganisation du Dinguiraye, Chérif Hamidou fut placé à la tête de la province de Loufa (14 décembre 1911). Il exerce toujours ces fonctions et s'acquitte de son service de la façon la plus satisfaisante.
Chérif Hamidou jouit dans tout le Dinguiraye d'un prestige maraboutique considérable, non seulement dans l'élément toucouleur qui le considère comme un des siens, mais encore sur les Foula et les Malinké. Il est aussi très connu dans le Fouta-Diallon oriental.
C'est un lettré arabe et un savant musulman de valeur. Ses fonctions de chef de province lui interdisent aujourd'hui de prêcher et de professer, mais il a toujours de nombreux talibés. Très intelligent, il a compris la nécessité de pouvoir se passer d'intermédiaire avec l'autorité et il s'est mis à l'étude du français, qu'il parle et comprend quelque peu.
Installé à Mansaréna, chef-lieu de Loufa, Chérif Hamidou il est aujourd'hui un homme d'une cinquantaine d'années, lourd et grave, plus Karamoko avec ses lunettes et sa face amène que chef à la toucouleure. Il a de nombreux enfants. Les fils, qui sont tous passés par l'école française, sont: Amadou Chérifou, né vers 1888, intelligent et ouvert, représentant de son père auprès de l'administrateur à Dinguiraye Maki Chérifou, né vers 1895, Khalifa de son père dans l'administration de la province; Aguibou Chérifou, né vers 1899, élève à l'école française de Conakry. Ses filles sont mariées à des cultivateurs et notables toucouleurs de Dinguiraye.
Chérif Hamidou est tidiani de la voie omaria. Il a été affilié par Al-Hadj Saïdou, Toucouleur du Toro (village de Heddi) qui lui-même reçut le wirdd'Al-Hadj Omar à Matam. C'est Al-Hadji Saïdou qui lui a conféré aussi les pouvoirs de moqaddem consécrateur.
Le principal talibé de Chérif Hamidou est Ba Gouraisi (déformation locale de Qorcioni), qui est né vers 1875 à Ségou. Son père, Ousman Tall, était le frère d'Al-Hadj Omar. A l'entrée des Français à Ségou, il prit la fuite et se réfugia à Dinguiraye auprès d'Aguibou. Il se consacra au commerce où il est passé maître. C'est un des dioulas en vogue du Fouta, et de ce fait, encore que son instruction islamique soit à peu près nulle, il a su répandre avec adresse son influence personnelle.
Il a des disciples disséminés dans toute la région.
Les principaux sont :

Parmi les disciples qu'il compte dans le Fouta, les plus en vue sont: Alfa Aliou, chef de Niagara (Timbo) et fils du grand Modi Diogo, chef du Teekun Modi Maka ou premier groupe des gens de Timbo. Il a reçu le wird au cours d'un des voyages de Baba dans le Timbo.
Parmi les autres disciples de Chérif Hamidou on peut citer :

Chérif Hamidou possède en outre un grand nombre talibés de moindre importance, connus et même inconnus, auxquels il a distribué le wird.

Alfa Mamadou Thiam. — Chef de province de Tamba, il est d'une famille maraboutique qui jouit d'un grand prestige dans le Dinguiraye.
Son arrière grand-père, Tierno Demba, était d'origine wolof, du Diolof même. Il vint dans le Fouta à la fin du dix-huitième siècle et s'installa à Moggo Hayre dans le Damga (Matam). Il y est enterré.
Un de ses fils, Tierno Ahmadou, lui succéda à la tête de son école coranique, et devenu Toucouleur, acquit un certain prestige parmi ce peuple. Il fut enterré à côté de son père.
Ce fut son fils, Tafsirou Aliou, né à Moggo Hayre, vers 1840, qui lui succéda. Il fit ses premières études dans le Fouta Toro, vint les compléter à Saint-Louis où il fut quelque temps planton au Gouvernement du Sénégal, passa quelque temps dans le Moakol (Cayor) auprès de Tafsirou Moktar Diop qui lui enseigna la théologie et le droit, et finalement rentra dans le Fouta Toro, vers 1860. Il le suivit dans la plupart de ses pérégrinations, et s'établit en dernier lieu dans le Dinguiraye, à Tamba. Tafsirou Aliou a fait une carrière maraboutique des plus remarquables.
Il était un des deux disciples à qui Al-Hadj Omar avait donné le pouvoir de conférer son wird dans le Dinguiraye.
Alfa Mamadou Thiam a laissé à sa mort, 1902, sur toute cette lisière du Fouta, un grand nombre de disciples, les uns indépendants aujourd'hui et chefs de groupements autonomes, les autres passés sous la direction spirituelle de son fils Mamadou.

Alfa Mamadou Thiam
Alfa Mamadou Thiam

Celui-ci est né vers 1865 à Tamba. Il a fait ses premières études avec son père ainsi qu'auprès des marabouts toucouleurs de Dinguiraye, puis a consacré les dix ans de son adolescence à faire le dioula à Conakry. Nommé chef de village de Tamba (1897), il exerça ses fonctions avec beaucoup de zèle, et ne tarda pas à se brouiller avec l'almamy Maki Tall, dont il se souciait peu, sentant que c'était du côté des Français qu'il fallait se tourner.
Révoqué de l'emploi de chef de village de Tamba en 1904, sur la plainte des notables, pour abus de pouvoirs, il fut utilisé aussitôt comme moniteur d'arabe à l'école française. Il y prit tout de suite un ascendant considérable, et y rendit pendant huit ans des services signalés. Il profita de son passage dans notre établissement scolaire pour s'y perfectionner dans la langue française qu'il parle et lit très suffisamment,
En 1908, il faisait un séjour de six mois à Médine et Kayes pour y faire le commerce de chevaux.
Nommé chef de la province de Tamba par arrêté du 14 décembre 1911, il exerce ces fonctions avec dévouement, intelligence et énergie. Il a été nommé par décision du Gouverneur général en date du 23 avril (1916) membre du Conseil consultatif des Affaires musulmanes de l'Afrique occidentale française, et, appelé à ce titre à Dakar, y fait un séjour d'un mois en mai-juin 1916.
Alfa Mamadou Thiam est un lettré arabe des plus remarquables. Il manie très bien la prose et les vers de la langue du Prophète, et soutient facilement une conversation en arabe littéraire. C'est un homme intelligent, cultivé, éclairé. Comme beaucoup d'indigènes, c'est un polyglotte émérite: il parle le malinké, le soussou, le poular et le poul-poullé [fulfulde]. ll a conservé l'usage du ouolof. Son prestige, tant personnel que comme héritier de la baraka de Tafsirou Aliou, est considérable. Si l'exercice de ses fonctions de chef de province l'empêche actuellement de jouer un rôle maraboutique, il ne faut pas perdre de vue qu'il est surtout un pontife de l'Islam.
Il a une bibliothèque musulmane bien fournie, encore qu'un incendie récent lui en ait brûlé la moitié à Dinguiraye.
Il a fait du chef-lieu de sa province Balani-Oumaya, ancien village diallonké, un centre religieux important, y attirant et protégeant les Karamoko, y édifiant une magnifique mosquée qui passe aujourd'hui pour la deuxième du cercle, ne cédant le pas qu'à celle de Dinguiraye même. Ce centre est maintenant visité par des marabouts de la Mauritanie et du Soudan.
Ses fils, encore en bas âge, Ahmadou, né en 1907; Ibrahima né en 1909; Boubakar, né en 1912, suivent les cours d'école française de Dinguiraye; ses filles sont mariée à des notables et commerçants toucouleurs du pays ou même du Sénégal.
Ses frères sont tous des personnalités connues : Youssoufa Thiam, né vers 1875, écrivain d'arabe au cercle de Dinguiraye, puis secrétaire du Tribunal de province, aujourd'hui assesseur à ce tribunal. Modi Mamadou Thiam, de Sabéréfaran, né vers 1860. Tierno Tahirou, Foula du Labé, à Dara-Sokoboli, né vers 1865. Tierno Sabitou (Thabit), Foula, chef de Elleyabhe, son frère Maki Ella, Karamoko et notable.
L'influence de Tafsirou Aliou et de son fils s'est étendue en dehors de Dinguiraye. A signaler notamment dans le Koïn; leurs disciples, Karamoko Mamadou Bobo, Foula Ranhaabhe, né vers 1850, imam de la mosquée de Kona, marabout de quelque renom dans ce centre. Tierno Ibrahima, de la famille Koulounanké, né vers 1875, habitant Wendou Malanga. Il y fit ses premières études, les continue à Timbo, et revenu chez lui fait le maître d'école, le colporteur de caoutchouc, et l'auxiliaire du chef de province. Il a un certain nombre de talibés dans la région, dont Tierno Alimou, Foula, de la famille Seleyanke, né à Mombeya (Ditin) vers 1853, habitant le Marga de Bouroutomo, à Kémaya (Koïn). C'est un lettré, auteur de plusieurs poèmes en l'honneur du Prophète, maître d'école réputé, marabout très considéré. Il a plusieurs talibés dans cette partie du Koin.

Tidiani Dia. — Tidiani Dia, plus connu sous le nom de Ti Dia, fils d'Ousman Seydou, est le chef de la province de Baïlo. Il est né vers 1867, a fait ses études auprès de ses compatriotes toucouleurs de Dinguiraye, et s'est tout de suite classé comme un musulman fervent et très instruit. Quand l'almamy Aguibou fut appelé au Soudan par le colonel Archinard, il le suivit; on le rencontre plus tard aux côtés de Maritz, luttant contre Samory et ses lieutenants Sori Ba et Baro Madiara. En 1898, il fait le dioula dans le Sahel, sur le fleuve Sénégal et en Sierra-Leone.
La religion conduisit Ti Dia à la notoriété, et celle-ci au commandement d'une province. Lors de la réorganisation du Dinguiraye, il reçut le commandement du Baïlo (janvier 1912) qu'il dirigeait au surplus, « à l'essai » depuis 1909.
Il s'y est parfaitement distingué par son énergie et son intelligence. Il s'y est même acquis une réputation de spécialiste de travaux publics. Ses pistes, ses ponts, ses puits, ses caravansérails sont parfaitement entretenus. Il a poussé ses administrés dans la voie des cultures agricoles et a obtenu de très beaux résultats.
Ti Dia est tidiani omari et se rattache au grand marabout par la lettre d'Ahmadou Chékou à Aguibou. Il a un certain nombre de disciples dans le Dinguiraye, mais surtout dans la province du Baïlo. Depuis qu'il est chef, son caractère maraboutique s'est très effacé, au moins aux yeux des Français. Il reste pourtant intérieurement ce qu'il était, et le reparaîtra, le cas échéant: un marabout très érudit et très considéré.
Sa résidence de Niara Tinkinsan est dotée d'une belle mosquée de chaume, dans le genre classique des mosquées du pays.

Alfa Malian. — Alfa Malian Ba, Toucouleur, vient de mourir, laissant la réputation d'un grand marabout, dont ses enfants n'héritent que partiellement.
Il était né vers 1840, à Matam, et avait suivi, enfant, ses parents qui s'attachaient à la fortune d'Al-Hadj Omar. Il fit de bonnes études à Dinguiraye et à la mort de son père, Tierno Adboulaye, lui succéda comme marabout de l'entourage d'Ahmadou Chékou. Il assista, en cette qualité, au siège de Nioro, puis revint à Dinguiraye, où il fut conseiller de l'almamy Maki Tall. A la suppression de l'ancien état de choses. Alfa Malian fut nommé chef du village de Dinguiraye (1903-1910), puis assesseur du Tribunal de cercle. Son impéritie, jointe à celle des autres chefs locaux, conduisirent l'autorité française à la réorganisation du commandement, et Alfa Malian dut résilier ses fonctions.
Il redevint marabout comme par le passé, et se retira à Mboné (province de la Tamba) où il professa quelque peu, supplée à cause de son grand âge par ses fils et disciples.
Il est mort à Dinguiraye, en septembre 1913, et y a été enterré.
Son fils aîné, Alfa Ba, né en 1875, est relativement lettré et ne jouit que des reflets de la baraka paternelle. Il est chef de Mboné et se consacre surtout aux travaux agricoles.
Ses autres fils, Oumara Ba, Ousman Ba, Mama Foro Ba, sont des cultivateurs notables de Mboné.
Le groupement d'Alfa Malian Ba se rattache au Tidianisme omari par le grand marabout lui-même, qui conféra son wird au jeune homme dans le Fouta Toro, vers 1882.
N'ayant pas reçu les pouvoirs officiels de moqaddem consécrateur, Alfa Malian Ba a toujours quelque peu opéré sous le manteau de la cheminée et ne laisse qu'un petit nombre de talibés.

Les autres marabouts de Dinguiraye sont des personnages de second plan et ne méritent qu'une mention rapide.
Dans le Dinguiraye même:

Tous ces indigènes sont des Toucouleurs d'origine, fils des compagnons d'Al-Hadj Omar, nés et élevés dans le pays, très unis entre eux, formant bloc contre les autres groupements ethniques et, de par leur particularisme, conservant toujours leur langue et leurs coutumes du Fouta Toro.
A ajouter à ces personnages, Alfa Amadou Bodié, Foula originaire de Kolladhe (Ditin), installé depuis soixante ans à Dinguiraye, imam de la mosquée d'Al-Hadj Omar.
Dans le Loufa: à Loufa, Alfa Bakar, de Kansato, né vers 1850, maître d'école; à Bagui, village de Torobbhe, Alfa Mamadou Goulo, dit Mamadou Alfa, originaire de Niéniéméré (Koïn), Alfa Ibrahima Diop, dont le grand-père d'origine wolof, vint à la suite d'Al-Hadj Omar. Alfa Diop a été chef du village. Il est aujourd'hui maître d'école, et fait diriger la classe élémentaire par son fils Boubakar, tandis que lui faisait un petit cours supérieur de Rissala, à trois ou quatre élèves. Boubakar est aujourd'hui moniteur d'arabe à l'école française de Labé.
Dans le Tamba: Alfa Saliou Poullo Fouta, Foula originaire de Timbo, mais né à Dinguiraye vers 1860, maître d'une petite école d'une dizaine d'élèves; Alfa Oumarou Baïlo, Foula, forgeron et maître d'école.
Dans le Baïlo: Tierno Mamadou Sori, né vers 1855, résidant à Niaria Tinkissan. Alfa Mamadou Guiddo, né vers 1868, résidant à Fogo; Alfa Ibrahima Souréga, né vers 1860, à Dar es-Salam; Alfa Bakar Maliki, qui est mort en 1914, laissant plusieurs talibés, et Tierno Sidi Diawo Consolon, né vers 1855 à Kansato; Baba Kalinko, né vers 1870, à Nièrémadia-Kolen (Timbo), fils et disciple de Fodé Lamine Tounkara, Malinké, marabout enseignant à Kalinko. Son père fut un des premiers disciples d'Al-Hadj Omar, qui l'avait nommé chef de Kalinko. Baba est sujet à des crises d'épilepsie et même d'aliénation mentale prolongée. Al-Hadj Mamadou Sokoboli (Tamba) qui est mort en 1913, est signalé ici pour mémoire, car, d'affiliation qadria, son groupement se rattache à Saad Bouh. =

IV — Toucouleurs de Dinguiraye et Foula du Fouta-Diallon.

Toucouleurs et Foula, gens du Fouta Toro et du Fouta-Diallon, ont entre eux les plus grandes affinités:

  1. liens du sang d'abord, puisque c'est l'origine peule qui constitue leur principal caractère ethnique et que le poular toucouleur et le poulpoullé des Foula ne sont que des dialectes fort rapprochés, entre eux et dérivant du même fond peul;
  2. lien historique, car le flux et reflux de leurs grands mouvements de migration ont amené les tribus fulbhe des rives du Sénégal aux hauts plateaux de Guinée et réciproquement;
  3. lien religieux enfin, puisque leur islamisation date de la même époque, a suivi un développement parallèle et a, semble-t-il, fortement et réciproquement réagi sur les deux sociétés.

Il est donc naturel qu'on voie de tout temps les Toucouleurs, cordialement accueillis au Fouta, y prendre une place prépondérante dans le conseil politique des almamys et des chefs et dans l'instruction religieuse du pays.
Il y eut toujours à Timbo, à Labé et au Maci, des Toucouleurs inféodés aux chefs du pays, et leurs plus fidèles agents d'exécution. A Kadé, ils étaient — et ils sont encore — particulièrement influents.' Hecquard, qui y passait en décembre 1850, raconte les mésaventures qui lui advinrent du fait de Laho Bhoundou, fils du chef de Labé, et insiste sur les bons offices que lui rendirent en cette occasion les Toucouleurs du pays. Leur expérience des affaires des peuples soudanais, leur connaissance et leur rapprochement des Français qui permettaient et facilitaient les relations, leurs qualités d'entregent, d'intelligence pratique et d'énergie firent d'eux les auxiliaires de la politique des almamys du Fouta-Diallon et leurs meilleurs agents d'exécution: ministres, cadis, conseillers, ambassadeurs, etc. Tous les voyageurs qui se sont succédé à Timbo, de Mollien à Noirot, en passant par Hecquard, Lambert et Sanderval, ont constaté et signalent le fait.

Mamadou Bailo, conferencier Toucouleur
Mamadou Bailo
conferencier Toucouleur

L'installation des Toucouleurs à Dinguiraye ne fit qu'accentuer le mouvement. Les missionnaires d'Al-Hadj Omar et de ses successeurs s'installent en karamokos un peu partout, ouvrent des écoles, se posent en pontifes islamiques, se poussent à la cour et en province. « Dans les régions où nous sommes, dit Sanderval en 1880, tous les rois ont auprès d'eux un Toucouleur, chargé des négociations relatives à la guerre, soit qu'il s'agisse de la déclarer, soit qu'il s'agisse de traiter de la paix. »
L'abondante distribution du wird que firent d'abord les missionnaires toucouleurs, puis leurs télamides foula amenèrent peu à peu le Fouta-Diallon dans l'orbite tidiania des omariens de Dinguiraye. Aujourd'hui, sauf quelques groupements sadialiya (chadelia) et qadria, ceux-ci d'ailleurs Diakanké ou Houbbou, la totalité des Foula relève en définitive de la bannière tidiania d'Al-Hadj Omar. On le verra en détail au chapitre cinq, qui traite de ces groupements foula.
Les Foula d'ailleurs étaient fort bien accueillis à Dinguiraye. Ils y étaient même attirés par les maîtres toucouleurs qui voulaient peupler la région. Ceux-ci cherchèrent à y fixer — et ils y parvinrent partiellement — les Foula de Baïlo ou Foula errants, premiers Houbbou, sortes d'outlaw du Fouta, qui, fuyant les exactions ou plus simplement la justice des almamys, gravitaient à la lisière du pays. D'abord dans le Farana, puis dans le Oulada de Kouroussa, ils finirent par camper dans le Dinguiraye occidental, auquel ils donnèrent leur nom, mais fortement métissés de Malinké, peu ou mal islamisés, d'origines sociales les plus diverses et les plus décriées, ils furent toujours méprisés. Samory les pourchassa, et sous sa poussée, ils s'établirent le long du Conseil. Les almamys de Dinguiraye les traitèrent tous avec égards, sauf toutefois Aguibou qui, par ses procédés violents, contraignit une partie d'entre eux à s'échelonner le long du Bafing, où ils sont encore.
En outre, depuis le temps d'Al-Hadj Omar, de tous les points du Fouta, de nombreux petits groupements de Foula ont émigré vers le Dinguiraye. A des intervalles réguliers, de décade en décade environ, des colonies du Pita (Pita, Timbi-Touni, Timbi-Médina, Bomboli), de Ditin (Fougoumba, Dalaba), de Timbo (Kolen), du Koïn sont venues peupler la région du Dinguiraye et notamment la plaine de Tamba Yoro, où tous les villages, Dayabhe, Diawia, Lancinaya, Ouyabhe, Dalaba, Fonfoya, Loufa, dont la création remonte au cours du dix-neuvième siècle, ainsi que Kouroupeng et Illi Mallo dans le Tamba, sont occupés partiellement par des Foula, originaires des provinces susnommées du Fouta-Diallon.
Peu après 1900, on signale encore l'exode du Ditin de plusieurs familles qui viennent créer, au pied nord-ouest des monts Libilamba, à proximité du village de Lémonéko, les deux centres de Nouveau-Fougoumba et Nouveau-Niogo. Ils entrent immédiatement dans l'ordre établi et se rattachent d'eux-mêmes au village malinké de Santiguïa et à son chef Alfa Kamara. Cette migration fut attribuée à ce moment-là aux exactions de l'Alfa de Fougoumba, Ibrahima Kilé.
Depuis cette date, d'autres mouvements se sont produits, qui ont été remarqués par l'autorité française, mieux installée et plus perspicace, et qui ont troublé sa quiétude. On a cru y voir tout de suite les signes d'un malaise politique. Il suffit de connaître le passé pour savoir que l'attirance religieuse, la tradition historique et l'appel de leurs frères déjà installés là-bas et y florissant, expliquaient ces exodes de familles. On peut y ajouter les besoins de pâturages nouveaux, la transhumance des Foula étant en effet fonctions des nécessités de leurs troupeaux, et peut-être enfin et tout simplement ce nomadisme invétéré qui parait être un des caractères fondamentaux de l'âme peule.
Voilà pourquoi, en 1911-1912 encore, trois cents personnes quittaient les régions de Fougoumba, Gobiré et Maci pour se rendre auprès de leurs frères des néo-villages foula du Dinguiraye, à savoir :

Voilà pourquoi on peut signaler, chaque année, d'autres et semblables exodes, moins importants il est vrai. Il n'y a là aucune effervescence politique, aucune propagande religieuse.
Les principales personnalités religieuses y sont:

En dehors de ces grands mouvements de migration de tribus ou d'exode de familles, un certain nombre de personnalités foula sont venues s'établir dans le Dinguiraye toucouleur, Al-Hadj Omar en ramena plusieurs avec lui, et cette génération vient à peine de s'éteindre, un des plus notoires était Issagha Ba, plus connu sous le nom de Issa Ba, avare, rapace, mais remarquablement énergique, un des plus anciens agents d'Aguibou et de Maki Tall. Il exerçait l'autorité en son nom sur les Fulbhe de la région, et commandait en outre le village de Fougoumba du Dinguiraye.
A signaler encore Fodé Fofana, Diallonké originaire de Diégounko (Timbo), né vers 1840, installé depuis 1860 à Mansaréna (Loufa), mais qui se déplace fréquemment dans le Dinguiraye et au dehors. Marabout ambulant et mendiant, peu instruit au surplus, il fait l'école à une dizaine d'élèves.

Notes
1. Dinguiraye est la déformation d'un mot foula qui signifie « tapade » enclos pour les boeufs.